Le lombricompost, des vers pour réduire les déchets.

coucou les vers dans les mains

Alors que nous amorcions notre transition écologique il y a quelques années, nous nous sommes retrouvés confronter à un problème qui se pose pour beaucoup. Nous cherchions à réduire nos déchets, et surtout à valoriser nos déchets organiques. La solution, toute désignée, que tout le monde connait, est simple ; le compost, pardi ! Seulement, n’ayant à l’époque pas de jardin, nous n’avions pas le loisir d’installer un bac à compost. Après quelques recherches, nous sommes tombés par hasard sur le lombricompostage.

Qu’est-ce donc ?

Le lombricompostage, vous l’avez donc compris, est une méthode de compostage hors-sol, en opposition avec le compost classique, qui lui se déroule dans un jardin, avec un  tas de déchets déposé au sol, dans un bac ou non.
Ici, les seuls acteurs du compostage sont des vers spécialement choisis pour leur voracité, leur capacité à se reproduire rapidement. Il s’agit des vers de fumier, les vers Eisenia foetida, qui sont les plus couramment utilisés.

Où trouver ces vers ?

Comme le nom l’indique, ils aiment les tas de fumiers, et plus généralement la matière organique. Si vous avez accès à un tas de fumier, ou à un composteur, fouillez dedans et vous trouverez rapidement ces jolis vers. Si vous n’avez pas accès à ces ressources, il reste la possibilité d’en demander sur le site de don plus2vers.fr . Les vers se multipliant rapidement une fois le rythme trouvé, les possesseurs de lombricompost sont capables de vous donner une quantité de vers suffisante pour démarrer votre propre affaire.
Et si vraiment vous n’arrivez pas à vous en procurer, il reste la possibilité d’en acheter. Mais là, je ne vous mets pas de lien. On compte 250g de vers pour commencer un lombricompost sereinement. C’est quand ils sont bien à l’aise et ont suffisamment à manger qu’ils se reproduisent : un ver peut donner naissance de 100 à 400 vers.

vers dans sa maison lombricompost

Coucou toi

Comment les loger ?

Maintenant que l’on connait le principal acteur, il va falloir lui donner un lieu de vie adéquat.

On trouve dans le commerce des tas de modèles de lombricomposteurs, avec un ou plusieurs étages, un robinet, bref, des tas d’options super sympas.
Seulement, les options et le design, c’est sympa, ça s’intègre bien dans une maison, mais ça finit par avoir un coût non-négligeable (à partir de 60 euros sans les vers). Alors, lorsque l’on veut débuter son lombricompost, mais sans avoir la moindre idée de la réussite ou non du projet, sans investir une somme folle, on se tourne vers l’auto construction.
Après pas mal de recherches, en magasin de bricolage et à peu près tous les magasins possibles et imaginables, nous avons fini par trouver notre bonheur.
Un bac de dimensions (400 X 300 X 210 mm, mais c’est pas une science exacte), fermé (sans trou aux poignées), empilable (et pas encastrable), et avec couvercle, le tout de qualité alimentaire. L’ensemble (3 bacs + couvercle) nous est revenu à moins de 20 euros.

caisse lombricompost home made maison

Pourquoi 3 bacs ?
Le premier bac, celui du fond, va servir à récupérer le jus de lombricompost (ou lixiviat pour ceux qui aiment se compliquer la vie utiliser les bons termes). Le deuxième, posé sur le premier, va servir à recueillir les vers, et la nourriture des vers ; autrement dit, vos déchets organiques. Le troisième bac ne sera pas utilisé immédiatement ; mais lorsque le deuxième bac sera plein, il viendra se poser dessus, et vous commencerez à y mettre vos épluchures. Au fur à et à mesure, les vers migreront du bac 2 vers le bac 3. Lorsque le bac 3 est plein, on considère que le bac 2 est à maturité (en réalité il l’est avant, mais bon…). On peut donc vider le bac 2, qui deviendra le bac 3.

Ok, mais comment ils font pour migrer mes vers ?
Parce que déjà, avoir des caisses pleines de vers chez moi ça fait peur, mais si en plus c’est des vers capables de traverser la matière on va vraiment pas être copains…
Pas de panique, ils ne sont pas magiciens (et pourtant, ils transforment vos déchets en un précieux amendement, extrêmement riche! Si c’est pas de la magie…)
Vous aurez pris soin au préalable de percer vos caisses tous les centimètres, d’un trou fait à la perceuse avec un forêt de 4mm. Vous obtiendrez donc ça :

trous lombricompost
Les trous permettront l’écoulement du lixiviat (oui, je me complique la vie), et la migration. Bien évidemment, il ne FAUT PAS percer le bac du dessous.

Le menu pour ces messieurs dames.

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Bon, maintenant que j’ai mes vers et un hôtel 4 étoiles pour eux, il va falloir les nourrir.
Déjà, lorsque vous allez installer vos vers dans leur nouvel hôtel, vous devrez les laisser prendre possession des lieux tranquillement sans les nourrir (oui, c’est dur). Couvrez le fond de votre bac de carton ou de papier journal, et c’est tout, pendant une semaine.
Après ce temps d’adaptation, vous pourrez commencer à les nourrir. Les vers sont capables de manger la moitié de leur poids par jour, et dans de bonnes conditions, leurs poids !
Soit, pour 250g de vers, de 125g de déchets par jour à 250g !
Commencez par de petites doses, en partant plutôt sur ¼ du poids de vers en nourriture.

Repas des vers dans un lombricompost

Bon d’accord, merci, je sais combien je dois leur donner de… De quoi au fait ? Ils mangent quoi ?

Les vers sont très voraces et mangent beaucoup de choses différentes. Globalement ils mangent toutes les épluchures de cuisines, les trognons de fruits et légumes. Et surtout, il faut apporter de la matière carbonée ! (Voir plus bas)
Le plus simple est de vous copier directement un tableau de ce qu’ils peuvent manger ou ne peuvent pas.

A mes débuts et pour garantir un compostage rapide et efficace, je prenais le temps chaque jour de recouper les épluchures en petits morceaux. Je ne le fais plus aujourd’hui et il n’y a aucun problème.

Surtout, s’il y a bien un conseil à retenir, c’est de ne pas lésiner sur la matière carbonée ! Rouleaux d’essuie-tout, de papier hygiénique, boites d’œufs, cartons bruns (de colis), papier kraft, autant de ressources utilisables et valorisables par ce biais ! Ces matériaux vont aérer le compost, assécher également, et surtout, fixer les éléments nutritifs. Ce qui évitera un lessivage trop important lors de l’utilisation.
N’hésitez pas non plus à apporter des matières nécessitant un long temps de compostage, comme les coques de noix et noisettes, les noyaux (dattes, avocats, prunes, tout y passe…). Ils vont grandement aider à maintenir un compost aéré et aussi, les vers ont l’air d’apprécier ces « cachettes », ils y sont souvent assez nombreux et on y retrouve toujours des « cocons » (=œufs de vers).
Apporter aussi, régulièrement, des coquilles d’œufs broyées, une source de calcium qui évitera l’acidification du compost (et fournira à vos plantes une part de calcium nécessaire à leur croissance. Si c’est pas merveilleux!)

Nourriture de vers déjà bien transformee

Nourriture de vers déjà bien transformée

L’utilisation du lombri compost

Super ! J’ai réussi à faire un beau compost ! Maintenant, comment je l’utilise ?

A ce jour, je n’ai pas vraiment expérimenté le lombricompost en pots ou jardinières, aussi je ne vais pas forcément trop vous aiguiller. Globalement je n’ai jamais dépassé les 20% de lombricompost dans le mélange terreau/terre de mes plantes en pot.
Désormais, j’utilise ce compost au jardin directement ; on parle généralement de 300g/m² au jardin potager, mais le poids est assez fluctuant (selon le taux d’humidité du compost.)
J’utilise donc mes mains pour doser et apporter le compost de façon très ciblé ; une à deux poignées autour des plantes gourmandes fraîchement repiquées (typiquement, les solanacées). Pour les cucurbitacées, on peut se lâcher un peu plus, et apporter directement 4 à 5 poignées.
J’évite d’en apporter trop en une seule fois, je préfère en rapporter en cours de culture si je vois un ralentissement/jaunissement/dépérissement… Je n’en utilise pas pour les autres plantes, qui prendront les reliquats, ou seront amendées avec un compost « classique ».

Ouais bon ok, c’est bien beau ton lombricompost, mais il a quoi de mieux que le compost classique ?

Le lombricompost, par son procédé de fabrication, est plus « sain », plus contrôlé qu’un compost classique. On ne risque pas de voir se développer une colonie de taupins, de larves de hannetons ou autres joyeusetés.
De plus, lors de l’utilisation au jardin, vous apportez une vie micro biologique très riche, mais également macro biologique. Et oui, en apportant du lombricompost au jardin, vous apportez directement des vers (adultes ou non), mais aussi et surtout de très nombreux cocons ! Dans un jardin tenu couvert par des paillis végétaux diversifiés, les vers trouveront de quoi se nourrir et contribueront, encore une fois, à l’amélioration de la fertilité de votre sol.
Chez nous le lombricompost a failli être abandonné à notre arrivée dans une maison avec jardin ; finalement, des mulots ayant rapidement pris possession du composteur, nous avons opté pour revenir au lombricomposteur, qui nous permet de composter sereinement nos « déchets » de cuisine.
Pour éviter de se retrouver avec une invasion de mulots dans le potager, on continue à les nourrir dans le composteur, en leur donnant quelques fruits ou légumes si on en a trop, sinon du pain sec récupéré ici ou là. Cela fait déjà 1 an que l’on cohabite comme ça, et ils n’ont absolument pas touché à nos cultures jusqu’ici.

Bon bah c’est super ton truc, je vais pouvoir composter sans aucun problème maintenant ! Parce que, hein, c’est pas difficile ? Pas de problèmes à l’horizon ?

Ce n’est pas si simple !
Il peut, effectivement, y avoir des problèmes, évidemment.
Nous n’avons rencontré que 4 problèmes jusqu’ici dont 3 étaient directement liés entre eux :

  • Fuite de vers,
  • odeurs,
  • mort de vers,
  • et moucherons

Le pire, et celui que beaucoup appréhende, c’est la fuite des vers.

Cela nous est arrivé: En pleine nuit, Laurine est descendue au rez de chaussée et a trouvé les chats en train de s’amuser avec… des vers! Sur le pallier ils étaient nombreux à dépérir (une fois sortis du lombricomposteur, ils ne survivent généralement pas, puisque l’air ambiant est trop sec pour eux.) Évidemment la vision est assez dérangeante, et à 2h du matin, faire la chasse aux évadés et trouver une solution de repli pour passer une nuit un minimum sereinement… Bref, nous avons simplement remis les fugitifs dans un bac à part (nous avions 2 lombricomposteurs à l’époque).

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Le lendemain, j’ai procédé à « l’autopsie » du bac mis en cause.
Pour une raison qui m’échappe encore, plusieurs vers avaient « fondu » dans le bac, les faisant ainsi pourrir. L’odeur était vraiment forte, ce qui a très certainement entraîné la fuite des vers. Je n’ai pas réellement compris qu’elle était la cause de ces morts; aurais-je mis une nourriture proscrite ? Un morceau d’ail, une graine de courge ? Le milieu n’était pas acide, j’apporte très fréquemment une bonne quantité de coquilles d’œufs broyées pour éviter ça.
L’autre cause probable était une éventuelle asphyxie du milieu ?
Bref, j’ai vidé le bac sur un plateau, et j’ai méticuleusement fouillé le compost, en retirant les vers « fondus » et ceux qui me semblaient mal en point. En remettant tout ce petit monde dans le bac, il n’y a plus jamais eu de problème.
Depuis, nous n’avons plus jamais eu le problème (ni « fonte » de vers, ni odeur, ni fuite).

En revanche, et là, nous n’avons pas trouvé la recette miracle, nous nous sommes retrouvés confrontés à une invasion de mouches du terreau, des sciarides. Elles pullulent généralement dans les terreaux trop humides des plantes d’intérieur. En aérant régulièrement et en tenant le lombricompost dans une pièce qui n’est pas une pièce de vie, le problème reste relativement peu important. C’est plus inesthétique qu’autre chose. A noter que le problème est cyclique, en général il n’y a peu ou pas de sciarides en automne, jusqu’au printemps. La population atteint des sommets en juillet/aout, puisque leur cycle de vie varie en fonction de la température.

Et t’as parlé d’un bac tout en bas, pour récupérer du jus, ou un truc comme ça? Tu m’expliques?

Le dernier bac sert à collecter le jus, autrement appelé thé, et pour les plus téméraires, lixiviat. C’est, en gros, l’humidité contenue dans la nourriture des vers qui, excédentaire, va percoler à travers tout le compost, entraînant avec elle une part de nutriments. Autrement dit, c’est un excellent fertilisant. Difficile de vous donner ses valeurs NPK (la sacro-sainte triade de nutriments, Azote(N) Phosphore(P) Potassium(K)), puisque ça dépendra de la composition du compost. On utilise ce thé, au plus simple, en dilution à 10% (soit 1 litre pour 10 litres d’eau). A utiliser en arrosage tous les 15 jours, ou plutôt à chaque fois que vous penserez à récupérer ce thé. Il arrive parfois de ne pas récupérer de thé pendant plusieurs semaines/mois. En revanche, si vous en récoltez tous les 3 jours des litres et des litres, c’est que vous devez avoir un problème de matières sèches (pas assez de carton par ex.). Ou alors vous avez un très, très, TRÈS gros lombricomposteur.

Voilà, je pense que le tour de la question est fait. N’hésitez surtout pas à poser vos questions, ou à faire remonter les erreurs, les trucs survolés… Je me ferais un plaisir de corriger et affiner!

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Petit tour au potager

Hier soir nous sommes allé.e.s faire un petit tour au potager notamment pour arroser. Nous avons également replanté de la mélisse, généreusement donnée par Christine 😉 Nous en récupérerons en temps voulu pour le nouveau jardin.

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